Profitez-en, après celui là c'est fini

La femme parfaite

juin 12th, 2008 Posted in Interactivité

Il existe un mythe de la femme parfaite, dont un ordinateur pourrait créer les contours physiques et psychologiques.
Je me sens loin d’être capable de rédiger un texte construit et intéressant sur le sujet pour l’instant, ce petit billet a pour but premier de m’aider à rassembler mes idées — de réfléchir à voix haute, en somme.

Les exemples de femmes construites et parfaites sont innombrables, à commencer par l’Ève future (1880) de Villiers de l’Îsle-Adam, roman dans lequel un Thomas Edison romanesque construit une femme parfaite dont les traits imitent ceux de l’épouse belle mais sotte de son ami Lord Ewald — qui est absolument ravi de faire l’échange.
Au passage, avec plus d’un siècle d’avance sur « ghost in the shell », Ewald apprend que l’automate abrite en fait l’esprit de la défunte Sowana, une femme qui fut l’assistante d’Edison.
Pour mémoire, Sowana est le nom d’une œuvre en ligne lancée en 1997 par Paul Devautour et Yoon Ja / Cercle Ramo Nash.

Cette Ève Future a sans doute inspiré la perverse femme-robot du Métropolis de Fritz Lang, film qui mérite bien évidemment de se voir consacrer un article à part entière. Cette beauté glacée, créée au à l’image d’une autre femme pour combler l’absence d’une troisième est un personnage particulièrement curieux. Elle effectue des danses lascives dans un night-club pour les hommes de la classe dominante de la société avant de descendre dans les bas-fonds de la ville pour pousser les ouvriers à se révolter.

On peut citer d’autres fictions plus récentes telles que Les femmes de Stepford (Ira Levin, 1972), roman dans lequel les femmes d’une petite ville américaine sont remplacées par des gynoïdes idéalement douées pour le rôle de maîtresse de maison, d’épouse et d’amante. Nous parlerons de l’adaptation cinématographique qui en a été tirée en 1974 dans un avenir proche.

Le film S1m0ne (2002) m’a laissé un bon souvenir. On y voit Al Pacino dépassé par le succès de l’actrice virtuelle qu’il utilise, jusqu’à devoir rendre des comptes sur la disparition de cette dernière. Le sujet ici est sans doute avant tout le rapport entre les réalisateurs et les acteurs à Hollywood.
La Vénus anatomique, de Xavier Mauméjean (2004), semble être un roman très intéressant mais je ne l’ai pas lu. Son action se situe au milieu du XVIIIe siècle, à Berlin, où Julien de la Mettrie (l’auteur de l’homme-machine) convoque le créateur d’automates Jacques de Vaucanson et l’anatomiste Honoré Fragonard (cousin du peintre Jean-Honoré Fragonard) pour créer une femme mécanique avec l’aide de Casanova et du chevalier d’Éon. Du steampunk à la française.

Ces histoires sont bien entendu autant de réactualisations du mythe de Pygmalion : l’homme (masculin), désespéré de ne trouver la perfection physique ou intellectuelle qu’il estime mériter chez aucune femme qu’il rencontre décide de créer la femme de ses rêves.

Le mythe se perpétue mais le contexte a changé, modifiant du coup le sens de la fable, car s’il fallait une intervention divine pour donner la vie à Galathée, nous savons que la création ou la modification d’êtres vivants est partiellement à la portée de la science actuelle et ne cessera de l’être de plus en plus.
La chirurgie plastique ou dentaire, le génie génétique et les traitements médicamentaux (le roman d’Ira Levin évoque sans doute plus l’addiction de la desperate housewive des années 1960 aux psychotropes qu’autre chose), le « coaching » et autres méthodes plus ou moins honnêtes d’ajustement du comportement, permettent déjà à chacun d’échapper, avec un succès variable, à ce qu’il aurait dû être d’un point de vue physique ou psychologique. Pas la peine d’évoquer les dérives qui en découlent et pas la peine de rappeler le caractère illusoire de tout cela.
En dehors de ce que l’on peut faire pour changer sa personne, on peut constater que la science progresse à pas de géants dans un autre domaine, celui de la création d’êtres artificiels. Les robots commerciaux de Sony, Honda, Sanyo ou Panasonic sont de plus en plus sophistiqués. Le Japon, peut-être parce qu’il a vu naître Atom Boy, et peut-être parce que l’automatisation des usines automobiles a fait sa fortune dans le passé, est la patrie des robots, et cela procède d’une volonté politique forte : les sociétés qui investissent dans le domaine profitent en effet de conditions fiscales avantageuses. Tous ces robots ne sont pas « humanoïdes », mais ils permettent à la recherche d’avancer dans des domaines qui permettront la mise au point de robots humanoïdes de plus en plus ressemblants à leur modèle : sens du toucher, de l’ouie, de la vue, sens de l’équilibre…
On peut déjà créer un faux être humain inanimé (mais articulé) en silicone qui ressemble (de loin) à un humain véritable, comme les célèbres mannequins Real Doll qui ont tant fait couler d’encre à leur sortie.
Mais ce n’est pas tout : on peut imaginer de grands progrès dans des domaines tels que la synthèse vocale, l’intelligence artificielle et la bionique. Quand nous y serons, si cela arrive, comment le vivront-nous ? Combien de « no-life » préfèreront avoir une vie sentimentale avec un robot plutôt que d’accepter les rapports sentimentaux dans leur complexité ?

J’aime la réponse purement informatique du film Weird Science (John Hughes, 1984), dans lequel deux adolescents créent une jeune femme virtuelle, Lisa, qui leur est totalement dévouée et qui correspond à leur idéal de beauté et de tempérament. Espiègle, Lisa parvient à ce que le fantasme (ils ne l’ont pas créée pour lui offrir des fleurs) échappe toujours à ses créateurs. Elle consacre son énergie à aider les deux jeunes gens à sortir de leurs rêves, à accepter la réalité, et notamment à accepter qu’on ne peut pas aimer une personne dont on maîtrise tout.
Une morale comparable court dans plusieurs épisodes de la série Buffy contre les vampires, de Joss Whedon, et notamment dans celui qui est astucieusement intitulé I was made to love you (j’étais faite pour t’aimer), ou une souriante jeune fille nommée April, qui s’avèrera de nature robotique, cherche son créateur Warren, un adolescent aussi doué pour la robotique que lâche dans ses rapports humains. Mais ici, pas de happy-end, le personnage de Warren ne cessera de s’enfoncer dans son égoïsme.
La perfection n’existe pas — étant par définition virtuelle — et il me semble intéressant que certains veuillent l’imaginer mécanique, ou informatique, c’est à dire sans capacité à décider par soi-même. Régulièrement, la presse expose la physionomie de « la femme parfaite », réalisée à partir de sondages, d’une moyenne de visages existants, selon des procédés de modélisation 3D, de montage ou de morphing.
Cette « femme parfaite » inventée, qui nous permet de réfléchir aux rapports contemporains entre hommes et femmes, me semble souvent être une femme à qui l’on a enlevé quelque chose. Sa liberté, son droit à la parole, son droit à vieillir ou à enfanter, aussi.

Le dernier exemple en date est assez amusant. Le robot « Perfect Woman », prénommé Lisa (tiens, tiens…), serait en passe d’être commercialisé par une mystérieuse société japonaise, AI Robotics, qui aurait bénéficié de dons privés très important et du soutien d’une université japonaise…
Les vidéos qui circulent sur Internet depuis quelque temps sont bien faites, la paire de créateurs est bien imaginée (Étienne Fresse, le français sympa et fumiste ; Yoichi Yamato, le japonais psycho-rigide) et le site est soigné, seraient-ce quelques fautes d’orthographe de ci de là.
Ici revient — au second degré, manifestement — le même souhait immature de la relation amoureuse qui serait dépouillée des inconvénients de l’altérité.

(à suivre)

  1. 2 Responses to “La femme parfaite”

  2. By Wood on juin 13, 2008

    Excellent, le site « AI robotics »… Il y a encore des gens qui lisent Ira Levin et Philip K. Dick…

  3. By Jean-no on juin 13, 2008

    Finalement c’était un buzz pour un rasoir Philips !

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