Les étudiants, Wikipédia et le plagiat
juillet 2nd, 2008 Posted in Après-cours | 23 Comments »
De nombreux enseignants se plaignent de voir arriver entre leurs mains des devoirs, et même des mémoires de Master, partiellement copiés-collés depuis des articles de Wikipédia ou d’autres sources sur Internet. Ils ont raison de se plaindre. Puisque l’on se tourne souvent vers moi à ce sujet —.après tout j’ai initié à Paris 8 un «.Atelier encyclopédique.» qui utilise Wikipédia comme support (j’y consacrerai un article en temps utile).—, je ressens le besoin de résumer mon avis sur la question.
La fiabilité de Wikipédia n’est pas vraiment le problème, mais je me dois d’en dire deux mots. Tout le monde sait que Wikipédia peut être édité par n’importe qui, et le public est au courant des bonheurs et des dérives qui en découlent. Ce même public est moins au courant des principes qui sous-tendent l’encyclopédie contributive et qui permettent que, bon an mal an, tout cela fonctionne et que les articles tendent généralement vers un mieux. Le plus important de ces principes est certainement la «.neutralité de point de vue.» qui impose de toujours créditer les opinions exprimées. Ainsi on n’écrit pas «.Dieu existe.» ou «.Dieu n’existe pas.» mais .«.selon untel (théologien, philosophe, physicien, biologiste,…), dans tel livre, la nature de dieu est….». Cette neutralité de point de vue est la seule garantie d’un travail collaboratif serein. Car si chacun a son idée exclusive sur un sujet de ce type (personne n’est neutre), il est tout de même plus facile de s’entendre non sur la qualité de l’avis des auteurs reconnus mais sur leur existence.
Évidemment, cela ne suffit pas à tout résoudre.: qui décide ce qu’est un un auteur reconnu ou ce qui constitue une opinion notable chez un auteur.? Chaque point est discuté par l’ensemble des wikipédiens, généralement de manière assez sérieuse, car si de nombreux anonymes parfois mal intentionnés participent aux articles, les contributeurs aux débats et aux votes sont déjà plus soucieux de la qualité générale de Wikipédia et plus avertis de son fonctionnement. Il en résulte toutes sortes de règles et de jurisprudences : quand est-ce qu’un artiste ou un musicien est suffisamment célèbre dans son domaine pour se voir consacrer un article.? Est-ce que telle notion est encyclopédique.? Est-ce que tel sujet a un potentiel encyclopédique.? Wikipédia reflète bien évidemment les préoccupations de ceux qui y contribuent, pour le meilleur et pour le pire.: certaines sections sont orphelines, d’autres anormalement fournies (il suffit d’un passionné de guerres napoléoniennes, d’un chercheur en ornithologie ou d’un thésard en mathématiques pour que ces sections se développent de manière disproportionnée), d’autres tout à fait unique à Wikipédia (Pokémons, personnages de Harry Potter, etc.). Je ne trouve pas ça bien grave car pourquoi une encyclopédie qui se veut «.libre.» et qui repose sur la passion de ceux qui l’édifient devrait-elle se contenter de reproduire l’ordre hiérarchique établi par des supports académiques.?

Le problème du plagiat est de toute manière ailleurs, il réside dans le fait même de plagier. Le plagiat n’est pas une invention récente et existait bien évidemment avant Wikipédia, mais il est vrai que l’encyclopédie en ligne apporte une facilité d’accès sans précédent. Copier-coller un texte sur Internet prend quelques secondes, tandis qu’aller recopier des écrits en bibliothèque demande du temps et de l’énergie, à tel point que l’exercice n’est pas dénué de vertus pédagogiques. Sur les supports informatiques on peut malheureusement recopier sans lire, donc sans comprendre, ce qui est effectivement assez grave ou en tout cas complètement stérile. Il est même un peu absurde de recopier les yeux fermés une source ouverte aux contributions de tous. Combien de lycéens ont recopié, sans sourciller, des informations canulardesques malicieusement insérées au corpus wikipédien.?
L’extrême popularité de Wikipédia, due à son bon référencement par Google, constitue cependant une chance, car il est extrèmement facile d’identifier la source d’un plagiat lorsqu’elle est si commune. C’est la grande bizarrerie de ces affaires de plagiat d’ailleurs.: quelle drôle d’idée de s’approprier des texte dont on peut si aisément retrouver l’origine.! Lorsqu’une tournure de phrase semble un peu décalée par rapport à un texte et par rapport à ce que l’on sait de celui qui prétend l’avoir produit, il suffit d’en extraire quelques mots et de saisir ces derniers dans le champ de recherche de Google pour connaitre aussitôt le texte plagié, si celui-ci se trouve sur Internet. Certains se pensent malins et brouillent les pistes en ayant recours à leur dictionnaire de synonymes ou en périphrasant, mais encore faut-il bien le faire.
Comme tout le monde j’ai vu défiler des textes abominables. Je me souviens de deux étudiantes chinoises qui parlaient difficilement le français et qui m’ont proposé un texte sur la comparaison entre la peinture de paysage chinoise et la peinture de paysage européenne. Ce texte contenait des passages tels que :
…phrases qui se retrouvaient accolées à d’autres, à peine lisibles telles que :
Ce n’est pas tout. Le texte était en outre farci de phrases manifestement traduites avec Google translator, les notions employées passaient sans prévenir d’une extrème précision à des formules vagues et vaseuses, le rédacteur sautait de manière tout aussi abrupte du ton “dictionnaire” au ton de la confidence, et l’ensemble n’avait ni queue ni tête. Afin de donner le change, les deux étudiantes m’avaient fourni un texte extrèmement long, près de 40.000 signes. Elles n’ont pourtant pas contesté leur zéro. Il m’est déjà arrivé que certains étudiants se défendent.: «.C’est sur Internet, j’ai le droit.» ou «.Il fallait le dire avant qu’on n’avait pas le droit de prendre le texte ailleurs.».
Si l’on tient à confondre l’auteur d’un plagiat, ce n’est pas bien difficile, il suffit d’extraire quelques formules singulières et de les soumettre à Google. Par exemple.: Les spécialistes, prééminents sur le terrain scolastique de leur choix. Le résultat mène directement à un texte qui se trouve sur le site de l’Université d’Hawaï.

Quoi qu’il en soit, le problème n’est pas Wikipédia. Le problème, c’est l’immaturité de certains étudiants, leur incapacité à produire des textes, leur goût pour les systèmes qui ne réclament pas d’effort. Leur cas m’attriste mais j’ai pris depuis longtemps le parti de me dire que ça les regarde. Étudier les arts plastiques à l’université ne rapporte pas grand chose.: les diplômes fournis n’ont pas un intérêt notoire sur le marché du travail, les professions qui y sont associées reposent uniquement sur la passion et l’énergie de ceux qui s’y investissent, ce sont des études que l’on mène pour soi-même, alors à quoi peut-il servir de tricher.? S’ils n’aiment pas leurs études, qu’ils en fassent d’autres.!
La seule chose qui me préoccupe finalement c’est la difficulté que rencontrent de nombreux étudiants face à la lecture et à la rédaction. Cela me préoccupe car la question dépasse les études en arts plastiques. Quels citoyens peuvent bien devenir des gens qui ne comprennent pas ce qu’ils recopient ou qui rédigent des textes complètement illisibles.? Je ne parle pas des étudiants étrangers, mais bien de jeunes gens titulaires d’un baccalauréat tout frais, et qui n’ont pas lu dix romans dans leur vie, qui ont peur du texte. Je ne pense pas que les étudiants de ce genre soient majoritaires en début de licence, mais j’ai pu constater qu’ils étaient malgré tout nombreux.
Je ne pense pas qu’on doive accuser Wikipédia, ni les jeux vidéo, ni le téléphone portable, ni le SMS, ni l’IRC, ni la bande dessinée (qui, cela a été étudié très sérieusement et c’est loin d’être illogique, rend plutôt lecteur qu’illettré), et peut-être même pas la télévision. Non. Je pense qu’aucune cause unique et facile à identifier ne sera trouvée. L’écrit vit une crise importante qui remonte sans doute plus loin dans le temps qu’on ne se l’imagine. On n’écrit plus à ses frères et soeurs en province de longues lettres pour raconter tout ce qui s’est passé dans l’année. On ne compte plus sur la presse écrite pour nous dire, avec deux jours de retard, ce qu’il s’est dit à Berlin ou ce qui s’est passé à Prague. Il n’existe quasiment plus de scandales littéraires — à moins qu’on range dans cette catégorie les révélations “choc” sur des sujets triviaux.
J’ignore si les jeunes gens s’envoient encore des lettres d’amour, cela se faisait encore il y a peu de temps.
Si l’on n’écrit plus pour les mêmes raisons qu’autrefois, on écrit énormément, sans doute plus que jamais dans l’histoire humaine. Le nombre de parutions de nouveaux romans ne cesse de s’accroitre, la “blogosphère” (vous y êtes) enfle considérablement, l’e-mail fait que chacun de nous consacre plusieurs heures de sa journée à soigner sa correspondance, renouant avec la tradition des intellectuels du XVIIIe siècle, chacun donne son avis en commentaire d’articles ou sur des forums,… Et ne parlons pas de la nature d’Internet qui reste essentiellement textuelle.

On écrit beaucoup donc, mais quelle est la qualité du rapport signal/bruit dans cette profusion ? Combien d’articles sur Internet ne relèvent que du vague commentaire ? Quelle est la part de nos e-mails ou de nos articles qui dépasse le stade de la propagation d’adresses de sites web et d’informations que l’on se contente de faire suivre ? Combien de choses écrites ne sont pas réellement faites pour être lues et sont lancées comme des bouteilles à la mer en direction d’un public informe et inconnu ? Je n’en ai aucune idée, mais mon sentiment est qu’il y a bien plus d’«.écriveurs.» que de lecteurs.
J’espère sincèrement être victime du syndrome du vieux con auquel, dit-on, personne n’échappe, mais il me semble que nous vivons une mutation radicale dans notre rapport à l’écrit. Il est sans doute inutile de chercher à pointer du doigt des raisons ou des responsabilités, la vague est bien trop puissante. Tout au plus supposerons-nous que tout cela a un rapport avec l’impatience, avec le besoin de satisfaction immédiate dans le plaisir comme dans les obligations. Cela ne touche pas que l’écrit, la culture non-utilitaire, qu’elle soit littéraire, artistique ou scientifique, le plaisir d’apprendre et de comprendre sans enjeu particulier, semble plus déprécié que jamais.
Ne blâmez pas le porteur de mauvaises nouvelles, ne prenez pas le symptôme pour la maladie. Si des gens qui font des études supérieures ne voient pas qu’un devoir n’est qu’un prétexte à apprendre et à devenir curieux, s’ils sont capables de faire quelque chose d’aussi absurde que de rendre des devoirs copié-collés sur Internet, ce n’est ni à cause d’Internet ni à cause de Wikipédia.
J’irai même plus loin : la foule des gens qui donnent de leur temps pour collecter des informations, compiler le savoir, le synthétiser, enfin tous ces gens qui participent à Wikipédia, ou qui tiennent un site web consacré à leur passion (le jardinage, la cuisine, le cinéma, peu importe), tous ces gens sont justement en train de lutter contre l’abêtisation. Ils luttent avec leurs moyens et à leur niveau, mais ils luttent. En quoi est-ce que ça pourraît constituer une mauvaise nouvelle ?

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Traque sur Internet 2.0 (The Net 2.0, sorti en 2006) est le premier film américain à avoir été intégralement tourné à Istambul. Pour les turcs, le tournage a été un évènement, les trois acteurs américains présents étaient interviewés et affichés en couverture des journaux. Mais pour Sony Pictures, c’est surtout un film économique destiné au circuit de la vente et de la location de DVDs.


















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Si on l’écoute, le lieutenant McClane est un simple policier, il ne fait que son travail et son existence s’en trouve donc tristement banale : ancien alcoolique, divorcé, il a une fille qui refuse de lui adresser la parole.





